Sensibilisation du public

Interventions dans les écoles et les collèges
Partenariat avec le lycée naval de Brest pour le projet TARA junior océan

Les macro-déchets
La gestion des déchets

Depuis les temps préhistoriques, l’Homme a toujours rejeté des déchets. Avant l’ère industrielle, ces déchets étaient essentiellement d’origine organique (les « gadoues ») et personne ne se souciait vraiment de leur élimination. Depuis, les activités humaines produisent une quantité sans cesse croissante de déchets divers (ordures ménagères, déchets dangereux des ménages, déchets industriels banals et dangereux, …).

Un déchet est un objet que l’on destine à l’abandon ; mais abandonner ne signifie pas s’en débarrasser n’importe où au détriment de la santé publique et de l’environnement. La gestion des déchets est un enjeu majeur et constitue une préoccupation de premier plan pour les collectivités. Collecte, traitement et valorisation des déchets constituent aujourd'hui le triptyque incontournable d’un plan de gestion des déchets à l’échelle d’un territoire. La collecte des ordures ménagères, qui existe depuis longtemps, est à la charge des collectivités territoriales. La collecte des déchets industriels doit être pourvue par les professionnels eux-mêmes, les plus dangereux étant pris en charge par des sociétés spécialisées. De nombreuses filières de traitement voient le jour en favorisant le recyclage, le réemploi et la valorisation énergétique. En France se développe une politique dite de « prévention », visant à réduire à la source la quantité de déchets (éco-conception, éco-consommation,…). L’objectif est de maîtriser la quantité de déchets des activités humaines et d’arriver à la politique du « Zéro déchet ». Le principe est simple : utiliser les déchets comme source d’énergie ou de matières premières.

Si les déchets ménagers et industriels sont pris en charge respectivement par les collectivités et les sociétés spécialisées, qu'en est-il des déchets qui s’échouent inlassablement sur le littoral ?

Les catégories de macro-déchets

Les macro-déchets littoraux représentent les résidus polluants solides dont la taille varie de quelques millimètres à plusieurs mètres et sont de nature variée : plastiques, verres, papiers, cartons, bois mais aussi cadavres d'animaux ou d'algues. Accumulés sur le littoral, ces macro-déchets peuvent nuire aux activités touristiques mais surtout représentent de réels dangers pour les personnes (coupures, intoxications, etc.) ainsi que pour la faune et la flore littorales.

Les déchets d’hydrocarbures font également partie de la catégorie des macro-déchets. L'Amoco Cadiz (1978), l'Erika (1999) ou encore le Prestige (2002) sont des noms tristement célèbres pour les pollutions aux hydrocarbures qu'ils ont infligées au littoral. Si ces événements sont spectaculaires, il n'en demeure pas moins que ce sont les déballastages sauvages en mer, du fait de leur récurrence, qui causent le plus de dégâts aux côtes. Les déchets pétroliers peuvent s'enfouir dans les cordons littoraux ou sous le sable et suinter lors de journées ensoleillées. Selon la consistance des hydrocarbures, ils forment des boulettes et des galettes ou bien badigeonnent l'estran rocheux.

La durée de vie des déchets est variable et dépend en partie de leur biodégradabilité : les déchets plastiques peuvent persister de 4-5 ans à plus de 500 ans ; les déchets pétroliers peuvent disparaître en 1 ou 2 ans ou mettre plus de 10 ans à se décomposer ; les métaux peuvent se corroder entre 3 et 100 ans ; le papier et le carton sont décomposés en quelques mois, tandis que le verre (silice) présente une durée de vie quasiment infinie par rapport à l’échelle de temps humaine.

L’origine des macrodéchets

Selon les courants marins, l’intensité des tempêtes, l’amplitude des marées et la géomorphologie côtière, les déchets vont s’accumuler sur les plages, les criques ou au niveau des anfractuosités de la roche. Si une partie des déchets provient de la négligence environnementale des activités maritimes, la plus grande partie (entre 70 et 95%) est d’origine terrestre (apportée par les cours d’eau, de la terre vers la mer). Cette donnée générale est à prendre avec précautions et la quantité de déchets d’origine « terrestre » et ceux d’origine « marine » varient de manière importante en fonction de nombreux facteurs physiques (localisation géographique, conditions météorologiques, dynamique océanique,…) et anthropiques (comportement des populations).

En s’inspirant de la méthode d’analyse des macrodéchets de l’association américaine « Ocean Conservancy » qui organise notamment chaque année un nettoyage mondiale du littoral (« Internationnal coastal cleanup »), les macrodéchets collectés lors des nombreux nettoyages du littoral ont été classés en 2 grandes catégories (voir paragraphe ci-dessous):

  • La première catégorie correspond aux déchets les plus couramment produits par des activités « terrestres » (sacs en papier, sacs en plastique, ballons, bouteilles en plastique et en verre, cannettes, bouchons, couvercles, vêtements, chaussures, gobelets, assiettes, fourchettes, couteaux, cuillères, emballages divers, cartouches de fusil, pailles, jouets, appareils électroménagers, piles, matériaux de construction, voitures et pièces automobiles, pneus, couches pour bébés, seringues, tampons d’hygiène…).
  • La deuxième catégorie est représentée par les déchets liés aux activités maritimes (contenants d’appâts, appâts, bâtons lumineux, bouteilles de produits de nettoyage, bouées et flotteurs, casiers à crustacés, filets et lignes de pêche, caisses, ampoules, bidons d’huiles et de lubrifiant, palettes, bâche plastique,…).

Ainsi, concernant la plage des Blancs-Sablons, les macrodéchets « terrestres » représentent en moyenne 42% de la quantité totale des déchets collectés, tandis que les déchets « marins » constituent 58% (avec une variation pour les déchets d’origine « terrestres » de 36 à 45% et de 55 à 64 % pour les déchets « marins » selon les nettoyages). Pour la Ria du Conquet, les déchets « terrestres » sont en moyenne plus abondants (60% de la quantité totale de déchets ramassés avec une variation de 42 à 65%) que les déchets « terrestres » (40% des déchets collectés avec une variation de 35 à 58%) (Figure 7).

Afin d’expliquer ces différences locales, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • La plus forte proportion de déchets « marins » constatée sur la plage des Blancs-Sablons peut s’expliquer par la géomorphologie (anse relativement vaste) et l’orientation abritée de la plage (N / NO) selon les vents. La plage constitue probablement un piège pour les déchets apportés par les courants, la houle de tempête et les grandes marées.
  • La Ria du Conquet est un piège pour les déchets « marins », cependant la grande quantité de déchets « terrestres » constatée lors des nettoyages peut s’expliquer car l’endroit est très prisé par des « promeneurs du dimanche » qui n’hésitent pas à se soulager de leurs déchets sur le chemin boisé jouxtant le près salé et la vasière !

Il est évident que cette méthode de séparation quant à l’origine des déchets (« terrestre » ou « marine ») n’est pas infaillible : une bouteille d’eau, considérée comme un déchet provenant d’activités terrestres, peut très bien être jetée d’un bateau… Cependant, cette méthode à pour mérite de dégager de grandes tendances. Ainsi, sur cette petite portion du littoral de la Mer d’Iroise, la quantité de déchets liés aux activités maritimes est parfois équivalente aux déchets d’origine terrestre (comme en 2007 avec 49% de déchets « marins » et 51% de déchets « terrestres »), d’autres fois supérieure (comme en 2008 avec 58% de déchets « marins » et 42% de déchets « terrestres ») ou inférieure (comme en 2009 avec 35% de déchets « marins » et 65% de déchets « terrestres »).

Les micro-déchets : Les Micro-plastiques
Les microplastiques sont les petites particules (< 5 mm) de matière plastique dispersées dans l'environnement. Ils sont devenus un sujet de préoccupation car ils s'accumulent dans les sols, les cours d'eau, les lacs et l'environnement marin et certains aliments ; ils ont en quelques décennies contaminé tous les océans et les espèces marines à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, d'un pôle à l'autre et jusque dans les grands fonds.
Il peut s'agir de fragments d'objets en plastique ou de microbilles de plastique de plus en plus utilisées par l'industrie et dans les cosmétiques depuis quelques années, ou de fibres synthétiques (abondamment retrouvées dans les boues d'épuration qui sont épandues sur les sols).
Ces micro-plastiques de moins de 5 millimètre proviennent de la fragmentation de plastiques déversés dans les océans (sacs, bouteilles, emballages…), sous l’effet mécanique des vagues, du vent et du sable et l’action chimique des UV.
Ils peuvent également directement provenir de rejets industriels lors de la fabrication des plastiques, mais aussi des rejets de l’industrie cosmétique et de l’industrie des textiles synthétiques. Si ces micro-plastiques émanent directement des usines de production, d’autres résultent des usages des citoyens : ils sont rejetés lors de l’utilisation de cosmétiques contenant des micro-billes de plastique et des micro-fibres proviennent du lavage des matières synthétiques dans nos machines à laver.

Leurs impacts (locaux et globaux, immédiats et/ou différés) ne sont étudiés que depuis le début des années 2000 et sont encore mal cernés. Ils ne semblent pas avoir d'effets directs sur la santé humaine, mais pourraient avoir des effets indirects et affectent certains animaux.
Plus de 5 250 milliards de micro-fragments de plastique polluent les océans, soit près de 270 000 tonnes de plastique, selon une étude parue dans PLoS ONE fin 2014.

Les études scientifiques dressent un triste constat : chaque année, entre 4 et 12 millions de tonnes de plastiques supplémentaires entreraient dans les océans. Les macro-déchets flottants se fragmentent pour donner des micro-déchets ; les autres coulent dans les profondeurs. D’ici 2025, la quantité de déchets plastiques entrant dans le milieu marin pourrait être multipliée par dix si la gestion des déchets n’est pas améliorée. Selon une étude dévoilée par le Forum économique mondial de Davos, le ratio tonnes de plastique- tonnes de poissons était de un pour cinq en 2014, sera de un pour trois en 2025, et dépassera un pour un en 2050 si la gestion des déchets n’est pas améliorée.

Les scientifiques estiment que les macro-déchets en plastique retrouvés en mer proviennent à environ 80 % de terre, principalement des décharges à ciel ouvert, des déchets abandonnés dans la nature et des événements climatiques extrêmes (tempêtes, tsunamis…). Il reste 20 % de déchets jetés par dessus bord à partir des bateaux de loisirs, de la marine marchande et des pêcheurs. Il faut donc s’attendre à ce que la fragmentation de ces macro-déchets en micro-plastiques augmente fortement dans les années à venir, en raison de l’augmentation de la population et de la consommation de plastique.

Malgré les bonnes intentions des industriels et la sensibilisation de la population, plusieurs milliards de micro-plastiques vont continuer de se déverser dans les rivières et océans. Pour diminuer ces rejets au maximum, il convient donc de s’attaquer à cette pollution à la source. La première étape est d’améliorer le traitement des eaux usées pour que les stations d’épuration retiennent au maximum ces micro-plastiques. Des pilotes testent des filtrations poussées pour les retenir. Affaire à suivre…

Impact sur la biodiversité
La laisse de mer

Indiquant la limite supérieure des pleines mers de vives eaux, elle est constituée de débris naturels : algues, capsules d’œuf de raie, restes de carapaces de crabes et d’anatifes (pousse-pieds), bois flottés percés et creusés par divers organismes (bivalves perceurs, éponges, etc.), témoins d’un séjour plus ou moins long en mer. La laisse de mer joue un rôle de « stabilisateur » des massifs dunaires puisque cet amalgame de débris retient le sable. Elle est également une source importante de nourriture pour de nombreux invertébrés comme les puces de mer mais aussi pour les oiseaux. Elle constitue également une réserve de minéraux pour la flore des milieux littoraux. Cette source de vie est malheureusement polluée par les déchets plastiques, toxiques ou pétroliers issus de l’activité humaine (Figure 10). Cette pollution perturbe les équilibres écologiques littoraux !

La faune

Les déchets, plastiques notamment, peuvent être absorbés par des oiseaux marins, des poissons, des mammifères marins, des tortues et provoquer des occlusions intestinales et la mort des organismes. Les bouts de plastiques millimétriques peuvent être confondus avec de la nourriture et sont incorporés dans les réseaux trophiques ; on parle de « plancton plastique ». Des études récentes ont montré les impacts néfastes de ces débris plastiques sur l’environnement marin (qualité des eaux, perturbations des réseaux trophiques, perturbations physiologiques, etc.). Certains déchets blessent et estropient les oiseaux marins, les mammifères marins ou les poissons, ce qui les pénalise dans leur rude combat pour la vie. Le déversement d’hydrocarbures en grande quantité dans un milieu naturel induit des effets néfastes pour l’avifaune (le mazoutage excessif du plumage et l’intoxication conduisent dans 90% des cas à la mort des oiseaux !), ainsi que pour les poissons, coquillages, crustacés, algues : le mazoutage entraîne “au mieux” une impropreté à la consommation, au pire la mort des organismes. La perte du matériel de pêche en mer (filets, queues de chalut) a des impacts sur les espèces marines (filets perdus en mer continuant de "pêcher" (ghost fishing), étranglements, etc.).

Les projets « fous » pour nettoyer les océans

Malgré toute la bonne volonté du monde, des micro-fragments vont continuer de polluer les océans dans les décennies à venir. A contre-courant de propos souvent fatalistes, misant uniquement sur la sensibilisation pour diminuer les rejets, plusieurs projets ambitionnent de s’attaquer directement à la pollution flottant à la surface des océans. Le projet le plus médiatisé est Ocean Cleanup porté par le jeune néerlandais Boyan Slat. Son idée : déployer une série de barrières flottantes, une sorte d’entonnoir géant, concentrant et ramenant les débris vers une plateforme capable de les traiter. Sa solution s’attaquera aux macro-déchets flottant en surface des océans, mais n’interceptera que peu de micro-plastiques flottants.
Un projet pourrait compléter la solution de Boyan Slat pour retirer les micro-fragments de plastique situés en surface. Il s’agit de Seavax, un bateau propulsé à l’énergie solaire et éolienne, développé par l’entreprise Bluebird Marine Systemes LTD. Un prototype est en cours de développement. Selon ces concepteurs, un navire Seavax devrait générer suffisamment d’énergie pour traiter 89,9 millions de litres d’eau de mer. Dans une soupe riche en micro-plastiques, il pourrait aspirer et stocker 150 tonnes de débris plastiques par sortie. Seavax ambitionne d’avoir des lieux de traitement à terre, avec des partenaires industriels.

Récemment, une découverte faite par des chercheurs japonais, parue dans Science, a fait les gros titres des journaux : une bactérie serait capable de manger le plastique et briser ses liaisons moléculaires ! Les médias se sont emparés du sujet et ont partagé l’enthousiasme des chercheurs qui y voient la fin possible de la pollution marine. Si la bactérie découverte ne s’attaque qu’au polyéthylène téréphtalate (PET), les chercheurs ambitionnent de découvrir d’autres bactéries dégradant d’autres matières plastiques. Malgré de nombreuses applications industrielles potentielles, cette solution ne permettrait pas de lutter contre la pollution plastique dans les océans. « Est-il raisonnable de penser que pulvériser des millions de tonnes de bactéries génétiquement modifiées sur la surface de l’océan va élimer le 7e continent sans effet sur l’environnement marin ? », s’interroge l’expédition 7e continent.

La seule solution pérenne est bel et bien d’agir sur la terre ferme, près de la source, pour éviter que le plastique n’entre dans l’eau. Dans cette perspective, la Fondation Race for Water souhaiterait développer de petites unités de gazéification du plastique pour la production d’électricité. « Une unité de cinq tonnes peut transformer 1680 tonnes de déchets plastiques par année en 3500 mégawattheures d’énergie. Soit assez pour couvrir les besoins en électricité de 2000 insulaires », rapporte Swissinfo. La Fondation espère utiliser cette technologie pour lancer un projet pilote sur l’Ile de Pâques dès la fin de 2016, avant de l’étendre à d’autres îles et aux villes côtières, principales sources de pollution des océans.

La solution, dans les mains des citoyens ?

Malgré tous ces projets, la majorité des fragments de plastique déjà présents en mer et la totalité des déchets ayant coulé dans les fonds marins, resteront dans les océans. Pour éviter que cette pollution continue de s’intensifier, il est essentiel que les consommateurs modifient leurs comportements. Les projets de ramassage en mer sont complexes, d’où l’importance de se mobiliser à terre pour changer les comportements. Différentes campagnes de sensibilisation ou opérations de nettoyage sont organisées par de nombreuses associations locales comme Ar Viltansoù.

Le changement de comportement des citoyens implique en premier lieu de ne plus jeter un seul déchet dans la nature. Il suppose de comprendre que toute action peut avoir un impact sur la pollution aquatique : un mégot jeté dans le caniveau, des cosmétiques contenant des micro-billes ou le lavage de vêtements synthétiques…