2020 : Nouvelles formes d'installations en zones rurales

l’invention d’une société plus écologique et solidaire ?


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Contexte et enjeu


Vieillissement et industrialisation: deux maux qui plombent l'avenir de l'agriculture

Aujourd'hui, quasiment la moitié (45%) des agriculteurs français ont un de 50 ans – surtout parmi les petites exploitations. La crise financière (prix, endettement et revenus) découragent nombre d’enfants d’agriculteurs de reprendre la ferme. Et le « grignotage » des terres agricoles, conjugué à la spéculation de ce foncier, rendent très difficile l’accès à l’agriculture pour les « hors cadre familiaux ». Le renouvellement de la profession demeure alors problématique.
Quelques chiffres illustrent cette tendance : en 2016, la France métropolitaine comptait un peu moins de 440 000 exploitations agricoles, soit 11 % de moins qu’en 2010 (-15% dans les filières d’élevage). Les fermes sont donc moins nombreuses mais aussi plus vastes (d’une surface moyenne de 63 ha, soit + 12 % en six ans)#1
Logiquement, les plus grosses exploitations accaparent 36 % 'territoire agricole et mobilisent 38 % de la force de travail agricole #2.
Voilà à quoi ressemble le modèle dominant de l’agriculture française. Cette tendance est lourde de conséquence en matière écologique, sociale, de maintien de l’agriculture dans les territoires ruraux, d’une diversité des formes d’agriculture en France. Elle est aussi incapable de pouvoir répondre aux exigences des consommateurs en produits de qualité et de proximité.
Fort heureusement cette tendance ne dit pas tout de l’évolution actuelle de l’agriculture française et des 'ondynamiques démographiques en zones rurales, comme nous allons le voir.

#1.Données Agreste, juin 2018.
#2. En 2015, 885 000 personnes travaillent de manière régulière dans les exploitations agricoles métropolitaines, les trois quarts dans une moyenne ou grande exploitation (GraphAgri, 2017)
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Des aspirations fortes dans les territoires ruraux à changer la vie

En France et dans le monde occidental, plus de 75 % de la population vivent en zones urbaines et péri-urbaines, lesquelles ne cessent de s’étendre. De nombreux observateurs, comme 8 Faburel, professeur en géographie, urbanisme et science politique à l'Université Lyon 2, soulignent, à l'image du Grand Paris et de son plan de croissance XXL, que « les villes apparaissent comme l'ultime refuge de l'accumulation du capital (...) elles seraient vouées à croître et à le faire rapidement. » (Les métropoles barbares, éditions Le passager clandestin, 2018).
Conséquence, si pour la gauche gestionnaire, aux affaires dans plusieurs métropoles, le mythe prométhéen du productivisme urbain et de ses bienfaits en matière sociale bat son plein, la réalité au quotidien est toute autre : l'espace urbain devient un enfer ! En mal de logements et d’emplois, usés par les transports et la pollution, des milliers d’urbains cherchent à s'échapper des villes et de leurs banlieues pour redonner du sens à leur existence, en inventant en zones rurales une vie plus harmonieuse, plus écologique et solidaires.

Il existe en France des centaines de territoires ruraux abandonnés, qui peuvent devenir de précieux laboratoires de recherche de vies alternatives ou, simplement, harmonieux avec la nature. Cela s’illustre notamment par l’éclosion dans ces territoires de milliers d’habitats groupés, d’éco-hameaux et de tiers-lieux d’activité tournés vers l’écologie et l’inclusion sociale – déjà plus de 650 lieux de ce type en France participent au réseau des Oasis .

Partout des individus et des collectifs investissent ce que Gilles Clément, paysagiste et jardinier inspiré, appelle les « tiers paysages » – ces friches agricoles et communales qui ne sont plus exploitées par l’homme car elles ne correspondent plus au modèle de développement « moderne » ni à l’agriculture intensive.

Cela se traduit aussi par la combinaison d’activités (pluriactivité) au sein des ménages s’installant en zones rurales autour de l’agriculture et de l’alimentation : diversité de productions agricoles, activités de transformation, de construction d’éco-habitats, artisanat, foresterie, accueil à la ferme, activités culturelles, de formation, d’engagement politique ou associatif, de missions dans les commerces ou les services territoriaux, etc.

Selon le recensement de 2010, cette pluriactivité concerne 22 % de l’ensemble des chefs d’exploitation agricole ou coexploitants en France métropolitaine (16 % de ceux à la tête d’une moyenne ou grande exploitation). Et cette proportion progresse dans toutes les tailles d’exploitation.

On peut considérer que ces nouveaux modes d’installations constituent une réponse adaptée et novatrice au triple problème rencontré dans les zones rurales en France :
  • ➤ un manque d’emploi et une paupérisation des populations rurales
  • ➤ une déprise démographique et des services publics
  • ➤ un isolement des populations qui y vivent
Une réponse aussi aux exclusions de plus en plus féroces de personnes "hors normes", déclassées ou paupérisées, des centres urbains.

En effet, ces nouvelles formes d’installation et d’activités portent les germes d’une transformation radicale et bénéfique pour ces territoires. Pour plusieurs raisons :
  • ➤ Elles s’inscrivent très souvent dans des projets agroécologiques ou qui s’appuient sur les ressources naturelles et l’environnement local.
  • ➤ Elle peuvent régénérer des services publics (écoles, transports, connections Internet, services bancaires...) et entraîner l’ouverture d’autres activités (commerces et autres entreprises).
  • ➤ Elles ont tendance à favoriser des mises en lien d’acteurs divers dans ces territoires et l’inclusion de personnes marginalisées venus des grandes métropoles ou espaces péri-urbains.
  • ➤ Elles permettent d’attirer une belle diversité de personnes, de savoir et savoir-faire, qui enrichit le territoire local dont le tissu social et culturel est parfois limité et vieillissant.
  • ➤ Elles génèrent enfin souvent une expérimentation professionnelle, sur l’organisation du travail et sur les revenus, tendant vers des modes de vie et d'activités résilients, très précieuse à l’heure des crises globales qui dévastent nos sociétés.

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Une double chance pour les territoires ruraux, mais pas que !

Ces nouvelles formes d’installation et d’activités en zones rurales sont dès lors une double chance, à la fois pour ces territoires en déshérence et pour l’agriculture dans la tourmente. Un vrai levier pour une société plus écologique et solidaire.
Encore faut-il pour cela que les différents acteurs institutionnels de ces territoires ruraux (structures d’accueil et de développement agricole, collectivités locales, administrations, banques...) mesurent le potentiel économique, social et culturel que représentent ces nouvelles populations qui cherchent à s’installer. Et qu’ils leur accordent reconnaissance et visibilité, et leur assurent un réel accueil et accompagnement.
Cela constitue un enjeu majeur pour favoriser le développement et la réussite de ces installations innovantes, pour réduire les échecs d’installation agricole des hors cadre familiaux, la précarité sociale et économique que subissent de trop nombreux postulants ou nouveaux installés.

Nous formulons également l'hypothèse, iconoclaste pour certains, que demain la ruralité peut inspirer le reste du territoire national !. Et cela grâce à la préservation d'espaces semi-naturels, de bassins de vie à échelle humaine, de liens entre ses habitants... Grâce à ces expérimentations sociales et professionnelles, à des échelles où les différents acteurs d'un territoire peuvent s'impliquer et mesurer les changements dans leur vie quotidienne. Plus que jamais, nous voulons œuvrer au dialogue entre acteurs et à libérer l'imagination et l'audace dans l'invention de solutions innovantes, testées à diverses échelles et avec une belle diversité d'acteurs
.

Par essence, certains tiers lieux, habitats groupés, projets d'économie sociale et solidaire, fermes en agroécologie, n’ont pas vocation à être un modèle répliqué à l’identique ailleurs. Elles peuvent néanmoins dégager des lignes d'inspiration au-delà du jeu d'acteurs et du territoire concerné, et essaimer demain, pour peu que leur analyse et documentation soient réalisées et diffusées.
Et, comme suggère à l'État Bruno Latour, professeur émérite associé au média-la de Sciences Po : « Ne nous imposez pas vos solutions toutes faites, mais aidez-nous à concrétiser les leçons que nous tirons de nos expériences. Puisque vous ne savez pas vous-mêmes ce que veut dire “développer un territoire”, c’est à notre école qu’il faut accepter de vous mettre. » (Éloge des mauvaises herbes. Ce que nous devons à la ZAD., éditions Les Liens qui Libèrent, 2018.)

Nous proposons que cette Agora de 2020 réponde à ces enjeux en affichant 3 ambitions :

  • donner de la visibilité aux expérimentations et aux actions en matière d'installation et d'activités écologiques et solidaires en zones rurales – agricoles, mais pas que ;
  • relier les réseaux qui œuvrent déjà dans ces domaines et ces territoires, partager les savoirs et les savoirs faire, et favoriser les convergences pour faire du commun en matière de transition ;
  • faire émerger une ou plusieurs initiatives communes afin de construire une nouvelle ruralité et changer d'échelles dans les actions en rupture.







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