Souvenir du futur d'Eléa

Récit :

J’ai 44 ans. Mère de deux adolescents et femme aimée, je vis une vie la plus équilibrée possible entre ville et nature.

Enfant, je vivais dans une commune rurale dans laquelle, grâce à mes parents très attentionnés et ouverts sur le monde  (mon père y était pompier volontaire), j’ai développé un bon rapport avec la nature (ah, cette cabane de mes 12 ans perchée dans un grand chêne vert !). Très tôt sensible à la dégradation du climat et de la biodiversité, je me désolais de voir certains humains nier la nécessité de faire évoluer nos modes de vie vers une sobriété heureuse, un Buen vivir avec un profonde connexion à la nature et l’enthousiasme partagé dans des collectifs heureux.

C’est par les financiers que vint le premier choc planétaire en 2021; eux qui pensaient, follement qu’ils pouvaient continuer sans faiblir à exiger des rendements de 15 à 20% sur une planète fatiguée par une croissance de quelques %.

Cette fois-ci, les Etats déjà fort endettés n’ont pas pu empêcher un certain nombre de banques de s’écrouler. Le célèbre « too big to fail » n’a pas fonctionné. Le choc fût terrible ; le commerce mondial s’affaissa.  Mais les établissements bancaires les plus responsables se sont concentrées sur « l’économie réelle », très secouée pendant quatre ans, mais montrant sa capacité de résilience sur la production des biens essentiels. Il a fallu faire vite et fort, se rappeler que l’entraide est le carburant des crises. Un très grand nombre de villages comme le mien se sont mis au maraichage, de même que de nombreuses villes à l’agriculture urbaine, deux activités dont on connaissait les vertus dès le début du siècle, quoique freinées – ou même moquées par le modèle dominant de l’époque. En quelques années, ceci entraina une double prise de conscience de masse, salutaire, sur deux domaines essentiels de la vie, l’alimentation et l’échange monétaire. En quelques années, l’agriculture paysanne modernisée (agro-écologie, agro-foresterie, semences paysannes) émergea complètement.

Les monnaies locales, autrefois regardées avec condescendance se développèrent à plein régime. De plus, grâce au fablab de notre petite ville, dont nous avons pu triplé l’équipement, des pièces de rechange manquantes ont été produites. On vit ainsi apparaître des systèmes locaux résistant à la pénurie de biens autrefois jugés indispensables. Des citadins chômeurs, heureux de s’installer à proximité, y participèrent activement. Lentement, jusqu’au milieu des années trente, l’inventivité et le partage de connaissance – Internet, heureusement, avait survécu (Bruno: qu'est-ce qui permet de dire cela ?)– ont permis de reconstruire un système industriel sur les biens de deuxième nécessité. Une nouvelle économie était en marche qui a trouvé son équilibre dans la décennie suivante. Durant ces années et jusqu’à aujourd’hui, j’ai mis beaucoup d’énergie à développer des réseaux d’échanges réciproques de savoir. J’exerce à ce jour des responsabilités nationales dans ce domaine. Je vis toujours dans le village de mon enfance.

 

Auteur : Claude HENRY