Le collectif des phytoremédiateurs nomades

Récit :

Extrait de la troisième assemblée de coordinations des collectifs et assemblées d’usages de Paris et banlieue pour la restauration des terres (31/03/2050). prise de parole de présentation du collectif des phytoremédiateurs nomades.

Bonjour à vous tous.

Je m'appelle Juste N'Gomi. Je viens d'arriver dans votre grande cité de Paris. Comme nouveau membre des phytoremédiateurs nomades, auparavant j'ai passé douze ans au sein de la Maison Forestière, et j'interviens parmi vous comme sachant (je déteste ce mot) en sylviculture. En fait c'est même la première fois que je prends la parole devant autant de gens lors d'une assemblée aussi importante. C'est très impressionnant de se retrouver face à la coordination d'autant de collectifs et d'assemblées des usages. Si je le fais c'est que j'ai été choisi pour exprimer la position du collectif des phytoremédiateurs nomades. Aussi j'ai pris des notes pour ne pas oublier l'important. C'est une grande et belle nouvelle pour nous de savoir que Paris qui reste la plus grande ville de France désire enfin faire appel à nous pour tenter de réhabiliter les sols ravagés par l'effondrement climatique et l'industrie. Je ne suis pas orateur alors prenez ce que je souhaite vous dire comme je voudrais le dire et non comme mes mots l'expriment.

Ce que je souhaite vous dire c'est que je suis vraiment heureux d'être là parmi vous. Je sais bien que Paris est une de ces villes dont les dirigeants ont voulu à toute force faire confiance aux solutions technologiques pour gérer les conséquences du réchauffement climatique et la montée des eaux correspondantes puis la sécheresse qui a suivi et qui dure encore depuis quarante ans et plus. Je comprends que vous n'ayez pu que faire ce que vous pouviez pour contrer cette politique. Ça vous paraît peu, mais en réalité vous avez faits beaucoup pour préserver l'environnement autour de vous. Simplement l'opposition à vos efforts était trop grande. Depuis quelques jours que nous sommes parmi vous, nous avons eu l'occasion de voir tout ce que vous avez réalisé dans ces conditions défavorables, dans Paris et dans sa périphérie.

Les copains et moi étions inquiets à l'idée des ravages de la technologie et du libéralisme avaient pu provoquer sur cette immense zone urbaine qu'est Paris. D'autant que depuis plus de trente ans, depuis le crash écologique, il nous semblait que rien de réel n'avait été fait pour sauver la biodiversité et lutter contre les pollutions.

De la Bretagne, dont la plupart d'entre nous ici présent sont originaires, il faut l'avouer la situation paraissait insoluble. Pourtant nous avons été très surpris et en bien. Vos parcs comme celui de Belleville ou des buttes Chaumons sont biens préservés et présentent une biodiversité intéressante. Le Jardin des plantes bien qu'en partie inondé suite à la rupture de la digue Macron en 2027, qui entre nous soit dit n'avait aucune chance de jouer son rôle face à la montée des eaux, reste un conservatoire botanique étonnant. L'effort qu'il a fallu pour créer ces buttes de cultures entourées de noues agricoles est tout simplement formidable. Le courage et la volonté des défenseurs des ZAD de Gonesse et Romainville est tout aussi digne d'éloges. Tout comme les jardins autogérés de Belleville et de Montmartre. Et je ne parle que des exemples que nous avons eu le temps de visiter. Si je vous dis tout cela ce n'est pas seulement pour féliciter vos efforts. C'est que grâce à vous nous disposons d'une bonne base, disons une base bien meilleure que ce que nous espérions pour restaurer les terres parisiennes. Il nous manque cependant des informations concernant la faune. Mais je sais que des collectifs ont collecté les données et ont fait un gros travail pour préserver les espèces. En tous cas vous pouvez être fier des résultats concernant les insectes et les oiseaux. Pour avoir participer à la plantation de la barrière verte sur les rives de la Loire, il y a vingt ans, ma camarade Alice Tchang-Lecoutre l'éduc-popienne assure que la diversité des insectes et oiseaux sur Paris est bonne comparée à celle de terres agricoles dévastées.

Bien sur, en accord avec notre charte nous mettons nos moyens à votre disposition, mais il apparaît que notre effort consistera surtout en la formation, ou le complément de formation des volontaires. Vous avez déjà les bases et plus encore en permaculture. Vous avez multiplié les espaces verts, nous vous aiderons à en créer d'autres. Vous avez réussi à développer une agriculture urbaine de proximité qui permettra de nous consacrer pleinement à la restauration des sols, sans avoir à nous inquiéter outre mesure du ravitaillement de la population.

Et, bien évidemment, les semences de notre grainothèque sont à votre disposition. Boris Clément est notre meilleur spécialiste des capacités plantes dépolluantes, n'hésitez pas à faire appel à lui pour la composition des jardins de phytoremédiation. L'abandon progressif des transports à énergie fossile va simplifier la problématique de la dépollution de l'air et vous avez fait un grand pas dans ce sens. Par contre je crains devoir vous signaler la nécessité de supprimer les arbres synthétiques, pour les remplacer par des vrais. Si ces pseudo-arbres ont effectivement une bonne capacité à absorber le carbone, leur usure liée à l'érosion est elle-même source de pollution, comme leur fabrication.

Voilà. J'espère ne pas avoir été trop long. Je pense que vous avez de nombreuses questions, aussi je vous invite à les poser dès maintenant ou plus tard. Mes camarades, y compris ceux qui ne sont pas présent ce soir, et moi même, nous efforcerons d'y répondre le mieux possible. Nous sommes bien sur à l'écoute de vos objections. Il s'agit de votre territoire local et vous rester les premiers légitimes à prendre les décisions.

Ah ! J'allais oublier notre équipe logistique va arriver dans quelques jours à bord de deux péniches à vapeur solaire. Si ces engins vous plaisent, c'est une invention à nous, ou plutôt un bricolage, Janice qui les a conçus et les accompagne se fait d'ors et déjà une joie de vous montrer la technique pour les construire. Elles sont un peu lentes mais entièrement non polluantes.

Auteur : Bruno de debout éduc'pop via Adèle Clément