La saga d'une famille d'Hassi-Messaoud

Récit :

 

La saga d’une famille de Hassa-Messaoud (Algérie)

 

Rabah et Nasimma puis Hichem - un pitch proposé d’après les profilages Algériens du projet OurLife21 - une étude réalisée par Pierre Radanne 2017, pour l’Ademe - OME

 

 

2010 : Rabah et Nassima âgés de 35 ans et un garçon, Hichem, de 10 ans, vivent à Hassi-Messaoud à 800 km d’Alger. Il est technicien dans l’industrie d’extraction pétrolière elle est employée dans les services, faute de pouvoir trouver un poste d’institutrice correctement rémunérée. Le gisement de pétrole d’Hassi-Messaoud a été découvert en 1956. Il est devenu le plus grand gisement pétrolier d’Afrique. C’est donc une ville nouvelle de 40.000 habitants qui a poussé dans le désert, entièrement consacrée à l’exploitation pétrolière. D’elle partent des oléoducs vers la capitale et les ports de la côte. Elle est devenue la ville la plus riche ville du pays.

L’Algérie dispose d’un important potentiel de gaz de schistes, mais le projet de leur exploitation s’est heurté à de fortes oppositions dans le pays essentiellement par crainte de la pollution des nappes d’eau douce dans le Sahara notamment. Nassima a pris part à ces manifestations : le rythme de rechargement de la nappe albienne est de 1200 ans. Sa pollution par des remontées de pétrole et de gaz à partir d’exploitation de ressources plus profondes pourrait provoquer des pollutions, interdisant toute utilisation pour l’alimentation humaine et pour l’irrigation. Rabah suit pendant un temps l’évolution du projet Désertec (lancé en 2009) inspiré par les Allemands avec l’espoir (intéressé) de réaliser une partie de leur transition énergétique en s’approvisionnant en électricité solaire à partir de l’immensité du potentiel du Sahara. Ce projet échoue. Rabah persiste dans la voie qui l’a fait évolué jusque là. 

Les enfants (ils ont eu deux jumelles en 2015) assistent à des débats de plus en plus fréquents à table, non sans désarroi : les reproches d’Hassima à Rabah pour sa fidélité à la promesse des hydro-carbures. Rabah inquiet quant à son devenir professionnel et la frivolité de sa femme. Il sait qu’il peut difficilement se reconvertir et les attaques de sa femme, le font souffrir. Quant Hichem choisira ses études, c’est “la guerre des roses des parents” qui se jouera. Hichem achève sa formation à l’université des sciences et des techniques Houari Boumediene d’Alger en 2025 (il a 25 ans). Quand il effectue un stage au CDER (Centre public de Développement des Energies renouvelables), Rabah le prend comme une attaque personnelle. Hichem a 30 ans en 2030. L’énergie, ce n’est pas seulement une question politique, ou économique. C’est une transmission familiale. L’indépendance énergétique constitue une véritable urgence pour l’Algérie car les ressources en pétrole sont estimées à guère plus que deux décennies. Celles de gaz sont estimées à 50 ans.

2030, un conglomérat Allemagne, UE, Algérie veut relancer le projet Desertec. Montage financier, espionnage industriel, intérêt d’Hicham, ambiguité de Rabah, qui en sait plus que ce qu’il prétend sur les enjeux… Une ingénieure Asma intervient dans le projet : la transition énergétique de l’Algérie peut s’appuyer sur la séquestration du carbone dans les gisements pétroliers et gaziers épuisés, puis progressivement des renouvelables. Hichem s’intéresse à elle, mais doute de son intégrité et pendant ce temps là, la famille souffre de plus en plus du réchauffement climatique, ce qui a tranché les désaccords entre les parents quant à la nécessité d’organiser un désengagement très progressif des hydrocarbures, mais à quel prix ? Pour Nassima c’est 20 ans trop tard. Rabah et elles ont 75 ans.

 

 

 

=> La diversité des conditions de vie  dans le pays nous amène à traiter des compositions familiales, de l’âge, du niveau de formation, des situations économiques, géographiques et sociales ; Leur évolution possible par tranche de 10 ans entre 2010 et 2050 et de la succession des générations ; Les enjeux d’amélioration des conditions de vie de ces familles ;

 

 

Sont détaillées les possibilité de transition de la famille : dans le contexte algérien (d’où un pitch enrichi des prospectives ou politiques publiques engagées…)

 

 

LE CONTEXTE

 

L’Algérie est un pays jeune (28% de la population a moins de 15 ans). La situation économique est caractérisée par la prédominance du secteur énergétique (60% des recettes du budget national), dont le pays tire une rente conséquente, mais très fluctuante selon les années.

Il y a également un taux de chômage élevé, notamment pour les jeunes (un jeune sur 4 au chômage). Le pays est marqué par des inégalités sociales fortes (sensibles sur le niveau de consommation et l’accès à la mobilité en particulier).

 

L'Algérie est un pays de la zone subtropicale, désertique sur la majorité du reste du pays. Le pays est particulièrement riche en ressources naturelles, énergétiques et minérales notamment, mais il est particulièrement vulnérable aux impacts des changements climatiques dans la zone aride, mais aussi sur la bande côtière qui concentre la majorité de la population. L’accès à l’eau, la production agricole et les conditions de santé sont les secteurs les plus fortement impactés. À cela il faut ajouter que l’Algérie est soumise à des risques d'événements extrêmes croissants dont les sécheresses, les canicules, mais aussi de soudaines inondations.

 

La consommation d’énergie de l’Algérie est en croissance et pourrait doubler d’ici 2030. Les besoins sont couverts par la production nationale : le pétrole est la principale source d’énergie consommée (58 % de la consommation finale dont plus de 70% de gasoil et 30% d’essence et de GPL), avec ensuite le gaz qui est la seconde source d’énergie finale consommée.

L’indépendance énergétique constitue une véritable urgence pour l’Algérie car les ressources en pétrole sont estimées à guère plus que deux décennies. Celles de gaz sont estimées à 50 ans.

Ce pays a développé une économie de rente qui montre des signes de faiblesse, alors que le prix du baril de pétrole est stable à un niveau bas depuis 2013 et que celui du gaz baisse du fait des importantes découvertes réalisées dans le monde cette dernière décennie (même si d’ici deux décennies la demande grandissante des pays émergents devrait inverser la tendance).

 

L’Algérie connait trois enjeux majeurs dans sa lutte contre le changement climatique

 

 

La transition énergétique :

       La gestion durable de ses ressources en gaz et pétrole (préservation des stocks et gestion de long terme).

       La réduction de sa consommation pétrolière essentiellement liée à des transports dominés par les modes routiers, et donc le développement des transports collectifs en ville, et des transports interurbains : trains par exemple.

       Le développement des énergies renouvelables, en particulier du solaire, notamment pour sa production électrique, de la géothermie et de l’éolien dans le sud-ouest du pays.

       Eventuellement, la construction d’une centrale nucléaire qui est envisagée tous les 5 ans à partir de 2025.

 

Le développement d’une économie sobre et résiliente : le développement d’activités ancrées sur les territoires, productrices de richesses, et créatrices d’emplois. Les secteurs du bâtiment, l’industrie et l’agriculture seront déterminants.

La jeunesse actuelle, devra être actrice au premier plan de la transition à venir.

A cela s’ajoute l’adaptation aux impacts des changements climatiques et l’optimisation de la gestion des ressources naturelles : eau, sols, forêt, gestion des déchets

 

 

Récit et histoires de familles :

Cette famille a réussi en passant d’une génération à l’autre à rester active dans le secteur de l’énergie en passant du pétrole au photovoltaïque. Alors que le projet Désertec inspiré par les Allemands avec l’espoir (intéressé) de réaliser une partie de leur transition énergétique en s’approvisionnant en électricité solaire à partir de l’immensité du potentiel du Sahara. Ce projet, lancé en 2009, a échoué pour 3 raisons : trop ambitieux, trop cher aussi parce que trop tôt par rapport à la maturité des technologies et bien peu soutenu par le gouvernement algérien d’alors parce que surtout au service des seuls intérêts européens sans se soucier de l’approvisionnement électrique des pays du continent africain.

Une nouvelle étape s’est amorcée dès 2030 dans la cadre d’une transition énergétique avec aussi le projet de séquestration du carbone dans les gisements pétroliers et gaziers épuisés, puis qui s’affirme surtout en 2050 avec un métier en plein développement dans les renouvelables.

Les orientations maintenant retenues pour développer les énergies renouvelables sont donc différentes en objectifs et en méthodes. D’abord, sous la double pression de l’épuisement des ressources, notamment pétrolières dans le cas de l’Algérie, ainsi qu’un engagement plus marqué dans le sens de l’Accord de Paris. Il s’agit surtout pour le pays de répondre à ses propres enjeux. Sur le plan technique, il s’agit de développer à côté des grands projets (solaire thermodynamique, grandes fermes éoliennes) de petits projets essentiellement photovoltaïques au plus près des besoins des populations et surtout au profit de leurs activités économiques, notamment en milieu rural.

 

Hichem a achevé sa formation à l’université des sciences et des techniques Houari Boumediene d’Alger. Il a ensuite effectué un stage au CDER (Centre public de Développement des Energies renouvelables). Il est maintenant rentré à Hassi-Messaoud et a trouvé un emploi dans une société qui développe un projet de centrale solaire thermodynamique qui complète la production par énergie solaire avec l’appoint d’une turbine à gaz permettant une production constante d’électricité de jour comme de nuit et qui de ce fait peut répondre à des besoins industriels et tout autre usage nécessitant une puissance constante.

 

Hichem a créé sa propre entreprise d’installation de modules photovoltaïques. Il a embauché se sœur Selma pour tenir la comptabilité de son entreprise, tandis que Asma s’occupe de la commercialisation.

 

Si la famille reste très attachée à une nourriture carnée comme la plupart des habitants des déserts, car les légumes et les fruits viennent de loin, sont chers et vite périssables, mais ils ont équilibré leur régime alimentaire par souci de santé, sous l’influence des plus jeunes. Leurs attentes deviennent plus qualitatives, mais ce n’est pas simple dans une ville isolée et en plein désert.

 

 

La consommation d’énergie de cette famille d’Hassi Messaoud, par personne, est réduite de 25%.

Les émissions de gaz à effet de serre par personne est divisée par 2,2. Avec un niveau d’émissions qui reste supérieur à la moyenne de 1,6 teqCO2 par personne.

 

Cette famille présente trois aspects très difficiles :

       Un approvisionnement alimentaire qui pour l’essentiel provient du nord du pays et qui est donc pénalisé par des consommations d’énergie et des émissions liées au transport essentiellement par camion. D’où l’importance du développement de la création de nouvelles lignes ferroviaires ;

       La nécessité de retourner vers le nord du pays pour revoir la famille et quand c’est possible l’été de passer des vacances avec les enfants dans des pays moins chauds ;

       Comme partout, une demande croissante de consommation d’électricité pour les équipements électroniques et la climatisation ;

 

Ces situations, surtout la seconde - à mesure que les familles se dispersent -, pèsent dans le sens de l’augmentation des consommations d’énergie et surtout des émissions

 

En 2050, cette ville pétrolière est confrontée à une réduction décisive de sa production pétrolière. S’ouvre à elle une alternative déterminante :

       Soit exploiter des pétroles plus profonds, appelés huiles et gaz de schistes, mais qui se situe en dessous de la nappe albienne d’eau sous-terraine ;

       Soit exploiter la nappe albienne pour développer l’agriculture en utilisant des pompes photovoltaïques et ainsi permettre une reconversion de la ville et donc la création d’emplois.

       Dans le cadre de la scénarisation de cette famille, c’est plutôt la seconde option qui a été retenue.

L’enjeu pointé ici est essentiel pour l’ouest du Sahara algérien à la condition que les utilisations agricoles soient économes en eau, s’inscrivent dans un projet de retour au sol en matières organiques et d’agroforesterie et de développement des cultures vivrières pour les populations locales.

Consommation d’énergie

En kg eq pétrole

2010

2030

2050

Alimentation

703

1102

1163

Confort domestique

409

272

287

Santé

57

105

90

Services

104

187

169

Produits de consommation

54

73

70

Loisirs et vacances

112

571

282

Relations, éducation, communication

529

193

810

Déplacements pour le travail

490

95

368

Industries de base

1199

1333

1622

Total de la famille

3749

3930

4860

Total par personne

1219

786

972

 

Auteur : Vaia Tuuhia