La fin de l'ère du plastique

Récit :


Quand exactement sommes-nous sortis de l’ère du plastique ? Vous me demandez mon avis d'historienne, mais qu'est-ce que cela a à voir avec ce que nous avons tous vécu et partagé ? Pensez-vous que mes cheveux blancs et mes lectures d'un autre temps fassent de moi une sage ? Voici, pour vous satisfaire, une version possible des choses.  Est-ce la vérité ? je suis certaine que non ! Vous, en tous cas les plus jeunes d'entre vous, avez appris à penser par vous-même. Je veux bien vous répondre, mais ensuite, je vous retournerai la question et j'écouterai votre réponse.


Alors, quand exactement serions-nous sortis de l’ère du plastique ?


On pourrait dire qu'il y a 37 ans maintenant que tout cela a commencé. Boyan Slat, âgé alors de 16 ans, plongeait dans les eaux grecques, se demandant comment nettoyer la mer de tout le plastique qu’il y découvrait. Aucune industrie, aucun gouvernement, aucun milliardaire ne s'était posé la question. Cet adolescent hollandais, de projets scolaires en projets d’étude, avec des scientifiques et des océanographes conquis par son idée,  inventa des côtes artificielles, une flotte de système de nettoyage qui forme un fer à cheval agissant comme une barrière et qui concentre le plastique que nous récoltons ensuite. Ou bien était-ce il y a 35 ans, lorsqu’un déchet flottant a gravement endommagé les deux flotteurs du  catamaran  de  Gilles Lamiré et d’Yvan Bourgnon,  alors dans le peloton de tête de la Transat Jacques Vabre ? Cet accident et cette frustration ont amené Yvan Bourgnon à lancer le projet d’un bateau de dépollution géant propulsé par des énergies renouvelables baptisé le Manta dans le cadre du projet The Sea Cleaners. Ce ne sont pas ces initiatives seules qui ont été le point de bascule. Mais le fait qu’elles proposent une solution concrète, positive, inventive et venue d’individus, le fait que les média s’y intéressent parce qu’elles étaient innovantes (ce qui était encore à l’époque une sorte de valeur sacrée) a permis de sensibiliser la majorité de la population, et à mettre en lumière d’autres initiatives citoyennes, qui parlaient de respect de l’humain, de la nature et du vivant. En réponse à cette immense mobilisation, notamment le 15 septembre 2018 de 15% de la population mondiale pour le World Clean Up Day,  l’Europe qui venait d’interdire les plastiques à usage unique a compris qu’il fallait changer d’échelle. C'est alors que les mouvements luttant contre la corruption ont imposé d'affecter les milliards d'euros qui échappaient à l'impôt au financement des côtes artificielles et des Mantas.  Cela aurait encore pris 30 ans si  juste après, il n’y avait eu la Grande Panne.


 L’épisode est assez douloureux, vous l’avez tous en mémoire, et largement documenté. D’autres historiennes que moi vous en parleront plus scientifiquement, chiffres à l'appui. Le logos résiste ! Mais je suis convaincue que ceux et celles qui affirment que c’est la Grande Panne qui est la cause de la bascule se trompent ; ce sont toutes les graines semées auparavant qui ont germé et éclos ensemble. En fait, dans votre question, le mot "exactement" est-il vraiment utile ?


Depuis à peine dix ans, le monde a vraiment changé : les décideurs d'aujourd’hui sont issus du monde associatif, qui autour des années 2015 inventait des alternatives telles que le moulage des déchets marins, la coopération, la sobriété heureuse, l’agro-écologie, la permaculture, les monnaies locales complémentaires. Le Collectif Mondial de Vie de la Planète compte encore parmi ses membres les plus âgés quelques-uns des 15 000 scientifiques issus de 184 pays qui avaient lancé l’alerte dans la revue Biosciences.  Sa première décision aura été décisive, malgré son faible coût : l’éducation de toutes les filles, sur tout le globe.


Nos océans seront avant deux ans, estime le CMVP, débarrassés des plastiques, et j’ai même entendu parler d’un collectif d’adolescentes qui testent en ce moment même un prototype d’injection d’oxygène et de phytoplancton dans les zones mortes de la baie du Bengale. Peut-être, alors, que nous pouvons dire que nous serons exactement sortis de l'ère du plastique en 2052.


Mais toi, ô enfant, qu'en dis tu ?


 


Auteur : Mérine