Etre enfant en 2050…

Récit :

Aujourd’hui c’est lundi ! Je vais avec Lupio, mon chien, au Jardin des Savoirs. On y va tous les matins de la semaine pour rencontrer les autres enfants du quartier, apprendre ensemble à lire, écrire, compter, planter et récolter, transformer le bois et construire ensemble. Ce sont chaque fois les parents et d’autres adultes qui viennent nous apporter leurs propres connaissances, ça change chaque semaine, et le lundi est ma journée préférée : c’est le moment où l’on décide ensemble sur quoi on va travailler dans la semaine. Je crois que ce sont les parents de Maéva, Louane et Medhi qui seront avec nous cette semaine, puisque nous étions avec eux il y a déjà trois mois, la dernière fois on a étudié la conjugaison, il y aura aussi l’ébéniste car il aime bien faire parler le temps à travers le bois. Un rond c’est le passé simple, le rond du dessous c’est le passé composé, le rond encore dessous c’est le plus que parfait. Il disait que l’on ne pouvait pas conjuguer le futur avec les arbres… C’était amusant parce qu’ils n’étaient pas toujours d’accord, et c’est Louane qui a finit par dire que le temps c’était surtout la pluie et le soleil, ça les a fait beaucoup rire, je n’ai pas trop compris.

Dans notre groupe, nous sommes 23, ça s’est fait au début parce que nous étions de la même année, de toute façon plus il y a de naissances une année, plus il y a de parents pour assurer ! Après les trois premières années, ce ne sont plus les mêmes adultes mais ceux des autres groupes qui nous proposent des activités, et ça change tous les ans. Le samedi, c’est le jour où nous racontons à notre tour, ce que j’aime bien avec mon amie Leila c’est qu’on raconte les rêves de l’autre. Ça c’est pour les matinées, les après-midi on peut aller approfondir ce qui nous a plu avec d’autres adultes ou enfants, jouer ou participer aux tâches collectives. Mais moi je préfère rester au Jardin des Savoirs avec Lupio, il s’est fait beaucoup d’amis depuis que je l’emmène là-bas, et pendant qu’il joue avec eux, je raconte mes rêves à Leila et elle les siens, elle fait des cauchemars en ce moment avec des escargots géants… Elle est d’accord pour que je raconte son cauchemar samedi et elle va faire des dessins pour l’illustrer. Samedi dernier, c’est Mao qui a raconté l’histoire de sa famille, ils ont vécus dans plus de 16 pays depuis 40 ans, c’est incroyable…

D’ailleurs la semaine prochaine, c’est une semaine particulière, une fois par mois on prépare un voyage, une œuvre, ou un chantier qu’on met en place le mois suivant. Il y a trois semaines, nous sommes partis à la montagne, c’était un échange avec un autre Jardin des Savoirs dont les enfants ne connaissaient pas la ville. On a été dans les familles des autres, et on a rencontré les autres enfants et adultes là-bas, il y a plein d’échanges comme ça partout et ce qui me donne le plus envie, c’est la forêt ! J’ai adoré la construction de cabanes dans les arbres que l’on a fait l’après-midi du jeudi, et aussi ce bruit du vent dans les feuilles, ça fait plein de murmure… D’ailleurs ça m’a fait faire des cauchemars aussi. Ici, c’est beaucoup plus silencieux, il y a surtout les gens qui parlent et les machines pour construire. J’ai appris qu’avant en ville, il y avait en permanence des bruits de moteurs, que ça faisait « broum » ou « vroum » pour se déplacer et qu’on n’entendait plus les oiseaux. C’est vrai que nous avons surtout des voies ferrées pour nous déplacer, et les moteurs à hydrogène pour les véhicules communs, ça fait pas beaucoup de bruit. Moi j’aime pas le pédalage, je préfère marcher, ou courir, mais ça c’est parce que Lupio veut toujours arriver vite au Jardin des Savoirs ! Au retour il veut aussi aller vite parce qu’il y a à manger à la maison, c’est fou comme il est toujours pressé d’aller d’un endroit à un autre...

Hier il y a eu une dispute entre trois enfants plus vieux que moi, ils se sont battus parce que l’une des trois ne voulait pas montrer aux autres comment elle faisait de la musique avec ses doigts, je crois qu’elles lui ont cassé le nez. Dans ces cas là, il y a une réunion du groupe puisqu’elles étaient dans le même groupe d’âge, ou bien une réunion entre plusieurs groupes d’âges si ça concerne plusieurs groupes, moi je n’ai jamais assisté à ce type de réunion, mais on a déjà fait des simulations, j’ai trouvé ça drôle. Je jouais le rôle de la personne qui se moque de son voisin qui n’arrive pas à faire une soustraction, comme il est vexé il gribouille mes feuilles et je renverse sa chaise. Tout le monde s’est arrêté, et a fait le principe de la statue (ça veut dire que plus personne ne bouge ni ne parle). C’était très impressionnant ! On s’est arrêté tout de suite, et après il y a eu la réunion de groupe. On se met en cercle et chacun notre tour, mon voisin et moi, on donne la version de ce qui a pu se passer pour l’autre. Après ça, les autres peuvent aussi dire comment ils auraient vécu la situation d’un côté ou de l’autre. Ensuite, on reprend le problème du début et on cherche d’autres solutions.

Il parait qu’avant c’était les adultes qui réglaient les conflits entre les enfants, et que l’on devait leur rapporter les incidents qui arrivaient, je trouve cela étrange, pourquoi quelqu’un d’extérieur comprendrait mieux que nous ce qui s’est passé et comment faire autrement ? Si j’ai bien compris, c’est parce que nous dépendions toujours d’une autorité pour faire quoique ce soit, et qu’on était habitué à demander la permission car un adulte était responsable à notre place. Souvent les plus vieux, nous expliquent qu’ils ont peur que nous nous fassions du mal, et qu’ils ont envie de nous protéger, mais je ne comprends pas très bien de quoi ou de qui ils voudraient nous protéger, d’ailleurs ils n’ont pas l’air de bien comprendre eux-mêmes, c’est pour ça qu’ils sont souvent silencieux dans les réunions de groupes. 

Auteur : Adèle Clément